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Aménagement des lieux de vie collectifs
Mieux vivre ensemble

Comment créer de l’interaction dans un tiers-lieu ?

23 décembre 2019
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Si la création de tiers-lieux mobilise autant ces dernières années, c’est avant tout parce que ces espaces hybrides - souvent pensés par les usagers eux-mêmes - offrent des opportunités uniques de créer de nouvelles dynamiques économiques et sociales sur nos territoires. Un tiers-lieu, c’est un espace de rencontres entre des personnes et des compétences variées. Un espace qui favorise la créativité et les interactions sociales, à travers l’ouverture, la flexibilité et la convivialité. Et si chaque tiers-lieu vit autour de sa propre spécificité, tous contribuent à développer les initiatives, le partage et l’activité économique. D’ailleurs, on connait tous au moins un tiers-lieu, qu’il s’agisse d’un espace de coworking ou d’une pépinière d’entreprises, d’un atelier de fabrication ou d’un espace de services aux publics. Il existe des tiers-lieux agricoles, culturels, éducatifs, en milieu urbain ou rural… plus de 1800 espaces ont ainsi germé en France ces dernières années. Objectif : faire et mieux vivre ensemble.

Aménagement et animation des tiers-lieux

Dans ce contexte, la question de l’aménagement de ces nouveaux espaces protéiformes apparait comme centrale, pour favoriser la rencontre, faciliter les échanges et permettre la multiplication des usages. Un tiers-lieu doit s’imaginer flexible et modulable, ouvert et accueillant. Autant d’aspects à anticiper en amont. C’est d’ailleurs dans l’objectif de vous aider à concevoir votre propre tiers-lieu que Manutan Collectivités a publié son premier livre blanc librement téléchargeable ici.

D’ailleurs, au-delà des zones d’activités, les espaces de vie communs (cuisine, cantine, café, salon…) constituent des zones fondamentalement stratégiques dans un tiers-lieu, car elles facilitent les échanges et les partages jusqu’à faire naître des projets communs.

L’animation d’un tiers-lieu apparait alors comme incontournable. Pour qu’un lieu comme celui-là puisse vivre, s’épanouir et se développer, il doit être animé. C’est la raison pour laquelle la plupart des tiers-lieux sont pilotés par des animateurs, des facilitateurs chargés d’accueillir, de mettre en relation, de partager, d’écouter et de faire naître des envies de partage pour dynamiser les synergies.

A Niort ou à Bordeaux, Sylvie Touzeau et Claire Gendron ont chacune en charge l’animation d’un tiers-lieu. Elles racontent ci-après leurs expériences.

Niortech : « l’animation est fondamentale pour faire vivre un tiers-lieu et créer des synergies entre les usagers »

Lieu totem de l’écosystème numérique niortais, Niort Tech accueille depuis 2018, jeunes pousses, indépendants, entreprises en développement, formations, évènements… Ouvert en 2017, le tiers-lieu est né d’une réflexion partagée, initiée dès 2013 par l’agglomération de Niort. Rencontre avec Sylvie Touzeau, chargée de développement filière numérique et innovation.

Dans quel contexte est né Niortech ?

En 2013, l’agglomération décide de lancer une grande consultation auprès de l’écosystème numérique pour évaluer ses attentes. Parmi les propositions, l’idée de créer un lieu totem est exprimée. Parallèlement, une réflexion menée en 2016 avec les principales mutuelles niortaises met au jour la nécessité de créer un accélérateur de start-up. Dès lors, la création d’un tiers-lieu devenait évidente. L’agglomération a donc profité d’une opportunité immobilière pour acheter un espace en centre-ville en 2017.

Quels sont les acteurs impliqués dans le projet ?

L’initiative est portée par l’agglomération, mais elle est accompagnée par l’ensemble des acteurs numériques, mais aussi les mutuelles, les partenaires institutionnels, universitaires et scolaires, les acteurs de l’emploi, les fédérations professionnelles et de nombreuses associations. La première tranche de l’aménagement de l’espace - qui porte sur 1600 m2 - a été travaillée par l’agglomération, mais la seconde impliquera toutes les parties prenantes. Il reste 2400 m2 à aménager. La réflexion devrait démarrer au premier semestre 2020.

Comment le lieu est-il aménagé ?

Le rez-de-chaussée regroupe un accueil, un espace de coworking et 5 bureaux dédiés à des start-up en amorçage. Une salle de réunion modulable équipée de cloisons amovibles, un espace de web conférence et une petite cuisine complètent le dispositif. Le premier étage est dédié à la formation supérieure. Deux salles de cours flexibles et 2 salles informatiques hébergent la formation en big data du Cnam. Au-dessus, une pépinière d’entreprises rassemble bureaux spacieux et espace de coworking autour d’une salle de réunion modulable. Nous disposons aussi de box pour permettre l’organisation de réunions en petits comités et d’une cabine téléphonique de confidentialité. Enfin, un foyer étudiant et deux grandes salles de cours décloisonnables complètent l’espace au dernier étage. L’espace a été pensé pour être aussi flexible que possible !

Quelles activités et services y sont proposés ?

Au-delà de l’hébergement d’indépendants, de start-ups et de formations, nous accueillons l’accélérateur Assurtech, organisons de nombreux évènements et proposons nos espaces à la location.

Comment votre métier de chargé de développement a-t-il évolué depuis la création de Niortech ?

Si je me suis longtemps occupée de l’accompagnement des entreprises au sein du service de développement économique de l’agglomération, j’accorde aujourd’hui beaucoup de temps à l’animation de Niortech, dont je suis responsable. Cette fonction est fondamentale pour faire vivre un tiers-lieu et créer des synergies entre les usagers. Je consacre ainsi mon énergie à accueillir les nouveaux, à partager mon carnet d’adresses, à faciliter les mises en relation, à écouter les propositions des uns et des autres ou encore à faciliter les projets.

1 an après l’ouverture, des limites sont-elles apparues à l’usage ?

Bien évidemment. Mais Niortech est un lieu vivant qui évoluera constamment au gré des usages et des attentes. Les usagers nous ont ainsi interpellés sur nos formules de coworking que nous avons élargies à leur demande. Ils nous ont aussi sollicités sur la mise en place d’un service de domiciliation, que nous avons rapidement organisé. Toutes les idées sont bonnes à prendre.

Halle Héméra : « Nous voulons que les usagers s’approprient totalement le lieu , qu’ils se sentent légitimes de proposer et d’organiser des évènements. »

Ancienne usine d’embouteillage, la Halle Héméra rassemble désormais plus de 180 coworkers dans un tiers-lieu imaginé par 4 entrepreneurs bordelais. Ouvert en 2019, le lieu accueille aussi un accélérateur de start-ups, de nombreux évènements et propose des services de privatisations. Présentation avec Claire Gendron, business development manager.

Dans quel contexte la Halle Héméra a-t-elle été créée ?

Le projet est né de l’initiative de 4 chefs d’entreprise bordelais réunis au sein de l’association Bordeaux Entrepreneurs pour soutenir des start-ups. La structure a donné naissance à un accélérateur avant que l’idée de fédérer la communauté autour d’un lieu ne surgisse. Après un premier espace qui rassemblait 50 coworkers dans le quartier rive droite de Bordeaux, nous avons investi la Halle Héméra en avril 2019.

Les usagers ont-ils été impliqués ?

Nous avons sollicité les coworkers dès le lancement de la réflexion sur l’aménagement des locaux au travers de l’organisation de séances de brainstorming. Objectif : imaginer le lieu ensemble. C’est par exemple comme cela que nous avons identifié le besoin de proposer des bureaux de dimensions différentes en fonction des activités de leurs utilisateurs. Les échanges nous ont aussi permis de soulever la nécessité d’ouvrir le lieu 24h/24 et 7J/7 et la volonté d’installer des cloisons vitrées pour plus de convivialité.

Les usagers continuent-ils à s’impliquer ?

C’est notre grand projet de l’année : impulser l’implication des usagers dans la vie du lieu. Nous voulons qu’ils s’approprient totalement le lieu, qu’ils se sentent légitimes de proposer et d’organiser des évènements par exemple. Et nous commençons à voir germer les premières initiatives comme celle de ce coworker surfer qui propose régulièrement des sessions de surf aux autres locataires des lieux. L’implication des usagers est un vrai marqueur de réussite pour nous !

Dans ce contexte, l’animation de l’espace revêt un caractère primordial ?

Nous pouvons installer les canapés les plus confortables du monde et proposer le meilleur café, ce n’est pas uniquement cela qui fera que les coworkers se sentiront bien dans la Halle Héméra. L’essentiel, c’est la dynamique. Nous accueillons des indépendants comme des start-ups. Certains usagers se connaissent de longue date, d’autres arrivent justes. Notre rôle consiste notamment à fluidifier les relations, faciliter les rencontres, générer de la convivialité. L’organisation d’évènements réguliers concourt à tisser les liens entre usagers. Nous proposons des conférences et des soirées de networking par exemple, mais aussi des cours de sport, des petits déjeuners ou des apéros pour faciliter les échanges.

Comment le lieu est-il aménagé ?

Nous occupons 3 étages et un toit-terrasse. Au centre un immense atrium - surplombé d’une verrière - accueille un très long bar qui fait office de point d’accueil. Nous ne voulions pas de comptoir avec hôte ou hôtesse comme on peut le voir classiquement dans les entreprises. C’est le serveur qui renseigne les visiteurs en leur proposant un café et une offre de restauration. Un grand salon modulable complète l’aménagement de ce premier niveau. Les coursives sont quant à elles aménagées en bureaux et salles de réunions, avec un espace détente à chaque étage, composé d’un canapé et de fauteuils, et équipé d’une machine à café et d’une fontaine à eau filtrée. Nous avons végétalisé l’ensemble du lieu avec des plantes naturelles. Les études montrent que cela a un impact positif sur l’humeur et le bien-être des occupants.

Quel est votre modèle économique ?

La Halle Héméra est une entreprise privée, à ce titre elle ne reçoit aucune subvention. Nous estimons obtenir un retour sur investissement sur les activités d’accélération en 5 à 7 ans. Pour générer des ressources à court terme, nous comptons donc sur les locations de bureaux, mais aussi sur la privatisation d’espaces et l’activité restauration.

 

Crédits photos : Niort Tech et Halle Héméra

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