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Aménagement des lieux de vie collectifs
Mieux vivre ensemble

Repenser les espaces pour faciliter la rencontre entre les générations

28 octobre 2019
Veiller à son bien-être

La notion d’inter-génération a évolué ces dernières décennies. Jusqu’à la fin des années 90, ce concept évoquait surtout le « soutien aux personnes âgées ». C’est toujours le cas aujourd’hui mais désormais, on sait que les activités intergénérationnelles sont profitables aux plus âgés comme aux plus jeunes et qu’elles favorisent tout simplement le bien vivre ensemble.

Il est 16h30 ce mardi dans une petite ville de province. Odette, 70 ans, attend la sortie des élèves de l’école primaire près de chez elle. Comme chaque mardi, cette infirmière à la retraite passe prendre Paul, 8 ans, après l’école, pour l’aider à faire ses devoirs dans les locaux d’une association voisine, en attendant l’arrivée de sa maman. Pour Odette, ce rendez-vous illumine sa journée et lui donne un rôle social. Pour les parents, c’est un service inappréciable. Pour les enfants, notamment ceux qui, pour diverses raisons, ne sont pas proches de leurs grands-parents, ces instants de rencontres sont l’occasion de découvrir d’autres histoires, d’autres façons de voir les choses. Parallèlement, Odette vient régulièrement à la médiathèque municipale participer à des ateliers numériques intergénérationnels. Animés par des trentenaires, ils lui permettent de se familiariser avec l’ordinateur, internet, le smartphone... Des outils désormais indispensables aux démarches du quotidien mais qu’elle ne maîtrise pas encore.

Tous ces exemples montrent que chaque âge peut profiter des initiatives intergénérationnelles. « Nous sommes désormais dans une réciprocité où chacun trouve son compte » explique Emmanuel Rivière, directeur de département TNS Sofres à propos de l’enquête TNS Sofres IRCANTEC publiée fin 2013 et intitulée « Les Français et l’intergénérationnel ». Selon cette étude, 9 personnes sur 10 attendent des collectivités et notamment des communes (qui « savent réfléchir au niveau du territoire et porter des initiatives en les rendant très concrètes » souligne M. Rivière) un engagement encore plus important dans le développement de ce type de projets. 

Comment mettre en place une activité intergénérationnelle qui profite à tous les âges ?

Une initiative intergénérationnelle peut être ponctuelle, dans des locaux habituellement réservés à d’autres usages. Dans la cantine d’une école, par exemple, on invitera les parents et les grands-parents à venir de temps en temps partager un repas avec les enfants. Dans une salle des fêtes, on consacrera un après-midi à des jeux de société auxquels participeront jeunes et personnes âgées.

Mais comme l’explique le sociologue belge Michel Loriaux (cité par la ville de Treillières dans un document de réflexion sur l’inter-génération), pour qu’une rencontre débouche sur un réel apprentissage intergénérationnel, il faut qu’elle procure un avantage personnel et réciproque, qu’elle soit organisée en vue d’un objectif (pas de contact pour le contact) et qu’elle soit répétée. Il s’agit pour les participants « d’apprendre à se connaître et à s’apprécier, en entrant dans l’univers de l’autre. Les contacts superficiels et ponctuels, aller voir un spectacle ensemble par exemple, passent à côté de cet objectif. Ils risquent même de renforcer les préjugés au lieu de les supprimer », insiste le sociologue.

L’importance du lieu dans la rencontre intergénérationnelle

« L’intergénérationnel a besoin d’un lieu pour la rencontre » rappelle l’association Enéo (mouvement des aînés) en Belgique dans une publication qu’elle consacrée à l’inter-génération. Autrefois, ce lieu était surtout l’espace public, qui aujourd’hui devient souvent un lieu de passage. L’idée est donc de recréer des espaces publics, fermés ou en plein air, où l’on a plaisir à passer un moment, à discuter, à se rencontrer, à s’ouvrir à l’autre. L’aménagement de ces espaces dépend des tranches d’âge concernées et des activités qu’elles y mènent.

Par exemple, les parcs urbains ou les squares sont des lieux de socialisation par excellence pour les petits et les grands. Ce sont aussi des espaces où chacun exprime ce qu’il est : les jeunes adultes y font une pause, café et smartphone à la main. Les enfants s’y défoulent, courent partout, dépensent leur énergie. Tout ce mouvement peut déranger les personnes âgées qui redoutent les bousculades et les chutes. Il s’agit alors de créer des zones distinctes, mais ouvertes les unes sur les autres dans un esprit de décloisonnement de l’espace, pour permettre à chacun de se sentir à l’aise. Autour des toboggans et portiques de la traditionnelle aire de jeux des petits, on veille à offrir des assises confortables pour les personnes âgées qui souhaitent pouvoir regarder les enfants s’amuser (ou qui viennent garder leurs petits-enfants et doivent les surveiller). Pour celles qui préfèrent s’éloigner des zones de turbulences mais veulent profiter de l’espace commun, on installe dans une autre zone des tables-bancs accessibles aux personnes en perte de mobilité. Les aînés pourront s’y asseoir pour lire ou discuter, jouer aux cartes ou aux échecs. Les plus jeunes pourront les y retrouver le temps de partager un goûter. Dans une zone différente, on installera des chaises d’extérieures légères mais stables, faciles à mobiliser, à déplacer pour s’installer sous un arbre, ou à rapprocher les unes des autres pour discuter.

Des espaces décloisonnés invitant à la rencontre intergénérationnelle

Ce décloisonnement doit aussi être pris en compte dans les espaces fermés, comme les médiathèques municipales par exemple. L’idée est de proposer des assises pour les différents âges (poufs ou tabourets pour les plus jeunes, fauteuils stables et enveloppants pour les plus âgées). Des « seniors » qui préfèrent lire tranquillement seront peut-être déstabilisés par des jeunes qui se balancent sur un tabouret culbuto par exemple. Alors on garde des zones mixtes et tout en aménageant des zones « séparées », réunissant un même type d’assises : si l’espace est décloisonné, tout le monde garde malgré tout le sentiment d’évoluer dans un même lieu partagé, sans effet « ghetto ». Cela permet à ceux qui le souhaitent de s’isoler, de ne pas déranger les autres, ni être dérangés.

Des aménagements pour toutes les générations

A partir du moment où une activité implique des jeunes et des personnes âgées, la notion de souplesse et de mobilité intervient, quel que soit le lieu concerné. Dans une école par exemple, s’installer sur la chaise de leur enfant dans sa classe de CP, pour des parents trentenaires ou quadragénaires venus pour la réunion de rentrée, ça peut être amusant. Pour des personnes âgées de 70 ans qui peuvent souffrir de rhumatisme articulaire, s’asseoir ainsi auprès de jeunes élèves dans une classe pour un atelier, c’est nettement moins agréable.

Aménager un lieu intergénérationnel demande ainsi une réflexion sur les équipement et les assises, avec par exemple des tabourets hauts pour les enfants et des assis-debout pour les séniors : cela permettra à tout le monde de discuter sans avoir à allonger le cou ou à se baisser.

Des collectivités à vocation intergénérationnelle

La mixité générationnelle peut aussi être un mode de fonctionnement : depuis quelques années, on assiste à l’émergence de lieux « mixtes » et de collectivités intergénérationnelles à part entière. Par exemple, à Tourcoing (Nord), un établissement combine crèche et EHPAD. Enfants et seniors se retrouvent ainsi plusieurs fois par semaine pour des ateliers de lecture, de cuisine ou de sport… qui eux aussi, demandent une solide réflexion sur les espaces utilisés.

Certaines communes ont pour leur part lancé des projets de lieux intergénérationnels, « Maisons » ou « cafés », dédiés à cette rencontre entre les générations. Les porteurs de ces projets mettent souvent en avant l’importance de la co-construction des espaces, et l’implication nécessaire de tous les participants. Mais quand vient le moment d’en dresser un bilan, ils soulignent aussi que de telles initiatives ne s’improvisent pas. Et que pour les mener à bien, mieux vaut bénéficier de l’accompagnement de professionnels dédiés, que ce soit en termes d’organisation, d’animation ou d’aménagement.

Crédits photos : Adobe Stock

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